1-866-691-7202 | fshq@histoirequebec.qc.ca

Fédération Histoire Québec

Maison René-Boileau

La maison Boileau menacée de démolition
Le conseil municipal de Chambly décidera du sort de la demeure ancestrale mardi
2 avril 2016 |Jeanne Corriveau | Villes et régions
 
Photo: Jacques Nadeau. Le Devoir
 

D’inspiration française, la maison Boileau, dont la construction remonterait au début du XIXe siècle, a appartenu au notaire René Boileau, et plusieurs assemblées politiques s’y sont tenues.

Il est minuit moins une pour la maison Boileau, une demeure ancestrale de Chambly menacée de démolition. Malgré des rapports d’experts témoignant de son état lamentable, des citoyens pressent la Ville d’empêcher la disparition de la maison qui a appartenu au patriote René Boileau. Le conseil municipal de Chambly devra statuer sur son sort mardi.

D’inspiration française, la maison Boileau, dont la construction remonterait au début du XIXe siècle, a appartenu au notaire René Boileau, et plusieurs assemblées politiques s’y sont tenues. Mais aujourd’hui, son état s’est tellement détérioré que ses propriétaires ne peuvent même plus l’habiter compte tenu de la présence de moisissures et des risques d’effondrement. La maison Boileau n’est ni classée par Québec ni citée par la Ville.

Le mois dernier, le comité de démolition de la Ville a donné son aval à la démolition de la maison à la lumière de trois rapports d’experts ayant signalé une dégradation avancée de la maison. Comme une demande de révision a été déposée à la Ville, le conseil municipal devra trancher mardi soir.

Le maire de Chambly, Denis Lavoie, croit que la Ville n’a pas le choix. « On est tous attristés de la disparition de la maison, mais il faut faire preuve de pragmatisme et lâcher l’émotivité, dit-il. Tout ce que l’homme construit à une finalité dans le temps. »

Le maire dit avoir tenté d’intéresser des acheteurs potentiels, mais sans succès. Il estime que la municipalité n’a pas les moyens de se porter acquéreuse de la demeure : « Ce n’est pas notre mandat. Je ne comprends pas pourquoi les gens se tournent vers nous et pas vers Québec ou Ottawa. »

« Certaines personnes ont peur qu’il y ait des condos. Mais il n’y aura pas de condos à cet endroit-là. Le zonage ne le permet pas », répond-il à ceux qui s’inquiètent de la vocation future du site.

Problème d’assurances

Sylvain Hubert dit s’être porté acquéreur de la maison il y a une vingtaine d’années. Selon les estimations d’experts, il en coûterait 1,4 million de dollars pour la restaurer compte tenu des caractéristiques de sa construction. La seule façon de la remettre en état serait de la démonter du toit vers le bas, puis de la reconstruire, explique-t-il : « Selon les évaluations d’experts, 95 % des matériaux seraient à remplacer. »

Bien qu’il n’ait pas de projet de remplacement pour l’instant, le temps presse pour lui. « Les cheminées se sont inclinées de six degrés. Je ne suis plus assurable, dit-il. À la fin du mois, je perds mes assurances civiles pour la maison. »

M. Hubert se défend de vouloir faire un coup d’argent. « Je ne suis pas un méchant promoteur qui a acheté le terrain pour construire des condos », plaide-t-il.

Un bien collectif

Ricardo Larrivée ne croit pas que la cause de la maison Boileau soit perdue. Chef cuisinier vedette, animateur et patron de presse, M. Larrivée est aussi un amoureux de patrimoine. Il a d’ailleurs rénové plusieursmaisons anciennes dans la région et il a même habité la maison Boileau pendant cinq ans à titre de locataire.

Selon lui, la mobilisation citoyenne pourrait permettre de trouver une solution autre que la démolition : « C’est un bien collectif. Est-ce qu’on est pauvres au point où on n’est plus capables de conserver le patrimoine ? »

Ricardo Larrivée croit que la municipalité et les gouvernements supérieurs ont des responsabilités à prendre pour préserver la maison Boileau et lui trouver une autre vocation : « Ne peut-on pas la reprendre au prix du terrain ? Sécurisons l’édifice, assurons-nous qu’il n’y a plus d’eau qui entre et qu’il n’y a pas de vandales qui puissent y aller et prenons deux mois de plus pour y réfléchir. »

Espoirs limités

La Société d’histoire de la seigneurie de Chambly n’entretient guère d’espoir pour la maison Boileau. « À la Société d’histoire, on croit que sa vie utile est terminée. C’est vraiment tropdétérioré. Ça fait 30 ans qu’elle est mal entretenue. C’est malheureux, parce que c’est une maison historique magnifique, dit son président Paul-Henri Hudon. Ce qu’on souhaite, c’est qu’on ne construise pas quelque chose de laid, mais qu’on fasse quelque chose qui imite un modèle à peu près semblable à la maison Boileau. Ça serait le moindre mal et on se satisferait de ça. »

M. Hudon juge que la maison Boileau soulève de nombreuses questions sur la volonté des autorités à protéger le patrimoine et le pouvoir d’intervention des villes pour obliger les propriétaires à entretenir adéquatement leur maison.Selon lui, les municipalités devraient se doter d’un fonds destiné à la protection du patrimoine.

Directrice générale d’Action patrimoine, Émilie Vézina-Doré s’inquiète du danger qui guette de nombreux bâtiments patrimoniaux partout au Québec à l’heure actuelle. « C’est vraiment inquiétant et il y a un flou quant à savoir à qui revient la responsabilité de la sauvegarde du patrimoine. La Loi sur les biens culturels adoptée en 2012 donne plus de responsabilités aux municipalités, mais sans argent supplémentaire. »

« On est dans une situation critique et il y a une déresponsabilisation à toutes les échelles, un manque de fonds et un manque de vision », déplore-t-elle

 
 
Haut de la page