Ce n’est qu’un au revoir! Retour sur mon année à la Fédération Histoire Québec et Maisons anciennes du Québec.
Par Laurence Fleury – Conseillère en patrimoine bâti
Il y a maintenant dix mois, j’ai intégré les équipes de la Fédération Histoire Québec et de Maisons anciennes du Québec à titre de conseillère en patrimoine bâti. Ayant tout juste terminé ma maîtrise avant le début de mon mandat, j’approchais ce premier contrat professionnel, hors des bancs d’école, avec une certaine nervosité, mais aussi une motivation de mettre en œuvre mes connaissances.
J’ai été rapidement accueillie dans un environnement de travail bienveillant, entourée de personnes engagées et passionnées. Cette expérience m’a permis de développer une passion renouvelée pour le patrimoine bâti, tout en réalisant de nombreux apprentissages grâce aux connaissances partagées par les membres des organismes.
En guise de dernière chronique mensuelle à titre de conseillère en patrimoine bâti, je vous propose un retour sur les moments forts de mon mandat, ainsi que sur les défis que j’ai su relever et les apprentissages que j’en ai tirés.
C’est quoi une conseillère en patrimoine bâti?
J’aime décrire mon rôle de conseillère en patrimoine bâti comme celui d’une agente d’accompagnement, de soutien et de diffusion.
Mes rôles d’accompagnement et de soutien s’adressaient principalement aux membres des organismes. J’ai été disponible en tout temps pour des rencontres, des appels téléphoniques ou pour répondre aux différentes questions en lien avec le patrimoine par courriel. J’ai également contribué à plusieurs dossiers de protection, notamment en rédigeant des lettres d’opposition à des demandes de démolition, ainsi que des lettres de soutien à des initiatives et des projets portées par les membres.
En ce qui concerne mon rôle de diffusion, celui-ci s’est articulé autour de la mise en œuvre d’une campagne de sensibilisation visant à encourager la préservation et la mise en valeur du patrimoine bâti. Dans ce cadre, j’ai assuré la diffusion des positions des organismes sur les réseaux sociaux et pris l’initiative de rédiger des chroniques mensuelles. J’ai également contribué à la promotion des bonnes pratiques en patrimoine bâti en développant des outils d’accompagnement, tels que la boîte à outils sur la sauvegarde du patrimoine bâti. Enfin, j’ai participé à l’organisation et à l’animation de conférences destinées aux membres.
Afin de mener à bien ces responsabilités, j’ai dû approfondir et maintenir mes connaissances en patrimoine bâti. Cela a impliqué la lecture de textes de loi et de réglementations, le suivi de l’actualité locale et nationale, ainsi que la consultation de publications spécialisées et scientifiques. J’ai également assisté à des conférences et à des ateliers pour enrichir mes compétences.
Les moments forts de mon mandat
Une chalouperie à sauver
Parmi les moments marquants de mon contrat, il m’est impossible de ne pas mentionner le dossier de la chalouperie de Verchères. Au mois de juin, j’ai accompagné l’équipe de Maisons anciennes du Québec afin de visiter le bâtiment où se trouve la dernière fabrique des fameuses chaloupes Verchères afin d’élaborer des pistes de solutions pour en favoriser la sauvegarde. Le propriétaire nous a généreusement fait visiter les lieux et nous a partagé sa passion pour l’ébénisterie, mais aussi ses préoccupations quant à la pérennité de ce site mythique.

Le dossier s’est poursuivi sur plusieurs mois. Nous avons notamment rencontré la nouvelle mairesse de Verchères ainsi que le service de prévention des incendies lors d’une discussion particulièrement enrichissante. Bien que le dossier de la chalouperie ne soit pas encore clos, on constate une réelle ouverture de la part de l’administration municipale et il sera intéressant d’en suivre l’évolution.
Rencontrer les membres lors des congrès et des colloques
J’ai également beaucoup apprécié ma participation aux différents congrès et colloques organisés par les deux organismes. Le congrès annuel de la Fédération Histoire Québec s’est tenu dans ma ville natale au début de mon mandat, ce qui m’a permis de rencontrer les membres de la région. Nous avons échangé à la fois sur leurs préoccupations en matière de patrimoine bâti et sur notre attachement commun à la Côte-du-Sud.

Le congrès de Maisons anciennes du Québec a, quant à lui, eu lieu en octobre à Joliette. J’y ai découvert une ville riche d’un patrimoine remarquable, qui constitue, à mon avis, un excellent exemple de l’impact positif des politiques de protection. L’administration municipale de Joliette est sensibilisée depuis longtemps aux enjeux liés à la préservation du patrimoine, et la présence de nombreuses maisons citées contribue à maintenir le cachet patrimonial de la ville.
Un dossier de longue haleine : la boîte à outils des bonnes pratiques
Une bonne portion de mon mandat fut consacrée à la réalisation de la boîte à outils des bonnes pratiques en sauvegarde du patrimoine bâti. Ce fut un énorme projet qui m’a demandé beaucoup d’heure de recherche, de lecture, de rédaction, et de correction, mais je suis très fière du résultat final.
Si vous n’avez pas encore eu la chance de la consulter, la boîte à outils est un projet de regroupement et de documentation des ressources exemplaires en matière de conservation, de restauration et de diffusion du patrimoine bâti. Vous y retrouverez plusieurs ressources produites par des municipalités, des MRC et des organismes bénévoles. Elle peut être utilisée pour inspirer vos propres démarches ou tout simplement vous renseigner sur la législation et la règlementation en vigueur.
Après plusieurs mois de travail, j’ai enfin dévoilé la boîte à outils lors de la première séance des soirées en patrimoine bâti du mois de mois. J’ai ressenti une grande fierté en voyant les bons commentaires et les réactions positives face à ce nouvel outil.
Apprendre, communiquer et sensibiliser
J’ai toujours eu une grande aisance en communication orale. Il est donc évident que les conférences ont été parmi mes interventions préférées! J’apprécie autant le partage de connaissances que les échanges avec le public
Au terme de mon mandat, j’ai donné plusieurs conférences dans le cadre des rencontres régionales de la FHQ mais aussi lors des formations virtuelles de l’organisme. J’ai également organisé des conférences en collaboration avec d’autres professionnels afin d’offrir une diversité de perspectives et de contenus. Au total, ce sont plus de cinq heures de contenu consacré au patrimoine bâti qui sont désormais disponibles en rediffusion pour les membres de la FHQ.
La plus récente série de conférences, qui vient de se conclure, a permis à plus de 200 participants d’enrichir leurs connaissances et d’échanger avec des professionnels du milieu. Les thématiques abordées incluaient notamment la législation, le registre foncier, la requalification et la mobilisation citoyenne.
Les défis surmontés
Des pertes et des défaites
Prendre position sur des demandes de démolition ou sur des cas de bâtiments en péril implique d’être prêt à faire face à des décisions souvent déchirantes. Au cours de mon mandat, la FHQ et Maisons anciennes se sont opposées à plusieurs reprises à des projets de démolition de bâtiments anciens. Malheureusement, peu de ces interventions ont permis d’assurer la sauvegarde des immeubles visés.
Être confrontée à ces situations, malgré le travail de recherche rigoureux et les efforts déployés pour démontrer la valeur patrimoniale de ces bâtiments, peut engendrer un sentiment d’impuissance. Parmi les cas les plus marquants, je pense notamment à la maison située au 32, avenue Bégin à Lévis, démolie au cours de l’été malgré une mobilisation citoyenne importante, ainsi qu’à la maison Philibert-Cliche, à Vallée-Jonction, démolie par le ministère des Transport et de la Mobilité Durable sans l’autorisation du conseil municipal


Ces pertes ont parfois été démotivantes. Toutefois, j’ai su me recentrer sur les avancées réalisées et sur les victoires, même modestes, rendues possibles grâce à la collaboration avec les organismes locaux.
Syndrome de l’imposteur
Un autre défi pour moi a été la prise de parole auprès des décideurs publics. J’ai eu l’occasion de rencontrer des élus municipaux, provinciaux et même fédéraux afin de porter à leur attention les enjeux liés au patrimoine bâti.
Ces rencontres ont d’abord été intimidantes, et il m’est arrivé de douter de ma légitimité dans ces échanges. Toutefois, j’ai rapidement compris que le rôle des élus implique d’être à l’écoute des citoyens qu’ils représentent. En les approchant avec respect, rigueur et bienveillance, il est tout à fait possible de faire entendre ses préoccupations et de contribuer à faire avancer les dossiers. Le cas de Verchères en est un bon exemple.
J’ai également appris à me préparer de manière structurée pour ce type de rencontres, notamment en constituant des dossiers préparatoires solides et bien documentés. Aujourd’hui, je me sens beaucoup mieux outillée pour intervenir auprès des décideurs et participer activement aux discussions.
Qu’est-ce que je retiens de mon expérience?
La rédaction de ces lignes m’a permis de prendre pleinement conscience de l’ampleur du travail que j’ai accompli au cours des dix derniers mois. Je quitte mes fonctions avec le sentiment d’avoir laissé ma marque et avec une grande fierté quant au contenu que j’ai créé, tant pour la Fédération Histoire Québec que pour Maisons anciennes du Québec.
Je retiens de cette expérience que la sauvegarde du patrimoine bâti n’est jamais acquise. Elle repose avant tout sur la mobilisation citoyenne et l’engagement des organismes locaux, qui en sont les véritables moteurs. Qu’il s’agisse des propriétaires de maisons ancestrales, qui investissent temps, ressources et énergie dans la restauration de leur demeure, ou des sociétés d’histoire, de patrimoine et de généalogie, gardiennes d’un savoir local précieux, la conservation de notre patrimoine culturel se joue d’abord sur le terrain. Il est donc essentiel de reconnaître leur rôle et de leur offrir les moyens adéquats pour poursuivre leur mission.
À toutes les personnes que j’ai eu le privilège de rencontrer, je tiens à vous remercier pour votre confiance et votre générosité. Ce n’est qu’un au revoir, et j’espère sincèrement avoir l’occasion de collaborer de nouveau avec vous dans le futur!
Image bannière: Vue d’un groupe de skieurs de fond dans un traîneau près d’une maison ancestrale.
Ville de Québec, Fonds Office municipal du tourisme