Noël au tison : foyers et cheminées au cœur de notre patrimoine
Par Laurence Fleury – conseillère en patrimoine bâti
Le temps des Fêtes est presque à nos portes! Avec la première bordée de neige qui a déjà recouvert le Québec au cours des dernières semaines, je ne peux m’empêcher de repenser à l’ambiance chaleureuse du foyer du chalet de mes parents. Après une longue journée à jouer dehors (ou à pelleter après une tempête) rien n’est plus réconfortant que de se s’asseoir près du foyer ou du poêle à bois. Pour plusieurs d’entre nous, ce lieu de chaleur est devenu un véritable symbole des vacances d’hiver et du temps des Fêtes.
Pour cette dernière chronique de l’année 2025, je vous propose donc un regard sur les foyers et les cheminées, éléments incontournables de notre patrimoine bâti. Nous ferons un survol de l’évolution de ces modes de chauffage et de leur intégration dans notre paysage architectural, et nous verrons comment ils sont devenus, au fil du temps, le passage d’entrée privilégié du père Noël.
D’usage domestique à éléments décoratifs
Au Québec, les foyers à âtre constituent des éléments essentiels des habitations des premiers colons français. Occupant une place centrale dans la maisonnée, le foyer sert non seulement à la préparation des repas, mais aussi à rassembler la famille pour se réchauffer durant les mois les plus froids. Il peut être situé au centre de la maison afin de mieux répartir la chaleur ou encastré dans un mur pignon[1].

À partir de la fin du XVIIᵉ siècle, les poêles à bois font leur apparition en Nouvelle-France[2]. D’abord importés d’Europe sous forme de plaques, puis assemblés sur place, ils se révèlent beaucoup plus efficaces pour chauffer les habitations. Contrairement aux cheminées encastrées dans les murs, ces poêles diffusent la chaleur tout autour d’eux et peuvent même réchauffer d’autres pièces grâce à des tuyaux de métal. Malgré leurs avantages, ils demeurent des objets de luxe en raison de leur coût élevé. Ils sont généralement fabriqués en brique, en fonte, ou en tôle pour les moins fortunés[3].
La fabrication de poêles à bois devient rapidement une industrie majeure. Les Forges du Saint-Maurice sont les premières à produire des poêles en fonte, un savoir-faire qui contribuera largement à leur réputation[4]. Plus tard, les poêles fabriqués par les compagnies de la Côte-du-Sud connaissent un grand succès, en particulier ceux provenant de la fonderie d’Amable Bélanger et de la fonderie de L’Islet[5].


Malgré l’essor des poêles à bois, les foyers demeurent des éléments incontournables de l’architecture domestique. Ils continuent d’être utilisés pour la cuisine et pour chauffer les petites pièces, comme les chambres à coucher, mais deviennent surtout des éléments décoratifs prisés dans les demeures bourgeoises[6]. Les manteaux de foyer se parent alors de décors somptueux, reflétant les tendances de l’époque : boiseries finement taillées, colonnes de marbre lustré, céramique colorée ou pierre sculptée. Les possibilités ornementales sont presque infinies. Parmi les styles courants, nous retrouvons le néoclassique « Adams » ainsi que le style italien à âtre semi-circulaire[7].

Au cours du XXᵉ siècle, foyers et poêles disparaissent progressivement, remplacés par des systèmes de chauffage plus efficaces et moins coûteux, comme le gaz ou le mazout, puis par des solutions plus écologiques, comme l’électricité[8]. Dans plusieurs maisons anciennes, les foyers finissent même par être recouverts et les cheminées démolies par manque d’utilisation.
Aujourd’hui, le foyer regagne en popularité, autant comme élément décoratif que comme mode de chauffage d’appoint. Les nouvelles technologies permettent désormais la conception de foyers et de poêles plus efficaces et écoresponsables, adaptés aux besoins et aux préférences des propriétaires.
L’arrivée du père Noël… avec ou sans cheminée?
L’omniprésence des foyers et des cheminées en a fait, au fil du temps, des éléments incontournables de notre culture populaire hivernale. Leur représentation la plus emblématique demeure sans doute celle du père Noël descendant par la cheminée pendant la nuit de Noël.
Il est difficile d’identifier l’origine exacte de cette légende, car la figure du père Noël se retrouve dans de nombreuses cultures et s’inscrit dans un mythe très ancien. Cependant, on peut en retracer la popularisation du père Noël en Amérique du Nord dans le poème de 1823 A Visit from St. Nicholas, généralement attribué à Clement Clarke Moore, qui décrit le déroulement de la nuit de Noël qui inclut la descente du personnage par la cheminée pour distribuer les cadeaux.
Pour ce qui est de l’iconographie moderne du père Noël, les premières représentations proches de l’image que nous connaissons aujourd’hui sont attribuées au caricaturiste d’origine allemande Thomas Nast. Celui-ci publie, dans Harper’s Weekly, plus d’une trentaine d’illustrations qui contribuent grandement à façonner l’apparence contemporaine du père Noël[10].

Le foyer et la cheminée sont ainsi devenus des éléments incontournables de la fête de Noël. Ils évoquent le réconfort et la chaleur qui rassemble la famille durant cette période froide et sombre de l’année. On les décore en prévision de l’arrivée du gentil barbu, en les ornant de guirlandes, de bas de Noël et de cartes de souhaits. Selon la tradition, il faut même ramoner la cheminée le 24 décembre afin d’assurer le passage du père Noël une fois la nuit tombée.

Mais que faire si l’on n’a ni cheminée ni foyer ? Avec la disparition des foyers traditionnels dans les maisons au XXᵉ siècle, la « voie d’entrée » classique du père Noël a également disparu, laissant plusieurs enfants perplexes quant à la manière dont il pourra déposer les cadeaux. On peut alors laisser la porte d’entrée ouverte, créer une petite ouverture dans la fenêtre ou… installer une fausse cheminée !
En effet, dans ce catalogue de 1958 de la compagnie Eaton, on peut voir en vente un faux foyer et une fausse cheminée destinée à décorer la maison. Ces modèles sont équipés d’ampoules imitant la lumière d’un vrai feu et peuvent se plier pour être rangés jusqu’à l’année suivante.

Le foyer et la cheminée restent ainsi des éléments essentiels de l’iconographie hivernale : à la fois décoratifs et lieux de rassemblement pour la famille, ils continuent de symboliser chaleur et convivialité.
L’entretien des foyers et des cheminées : pour un temps des fêtes chaleureux et une préservation de notre patrimoine bâti
Comme mentionné précédemment, les foyers et les cheminées d’époque ont tendance à être délaissés ou abandonnés. Pourtant, ils constituent des éléments architecturaux à part entière, et la préservation de nos maisons anciennes devrait inclure la conservation de ces pièces. Malgré leur importance, les cheminées et les foyers sont rarement mentionnés dans les guides architecturaux ou les guides d’entretien des maisons anciennes.
Même lorsqu’ils ne sont pas utilisés, il est possible de les conserver pour leur valeur esthétique, comme c’était le cas à l’époque. Si l’on souhaite toutefois raviver la flamme, certaines mesures d’entretien doivent être prises pour garantir la sécurité. En voici quelques-unes :
- Assurer qu’aucun règlement municipal ne limite l’utilisation des foyers ou des poêles.
- Faire ramoner annuellement le conduit de la cheminée.
- Inspecter les différentes composantes du foyer et de la cheminée pour évaluer leur état.
- Réparer rapidement les bris afin d’éviter qu’ils ne s’aggravent.
- Nettoyer les conduits pour prévenir l’obstruction par des débris comme les feuilles l’automne.
- Assurer que la cheminée ne mette pas en danger les animaux, comme les oiseaux ou les rongeurs. Pour en apprendre davantage sur l’entretien des cheminées et la protection des oiseaux, vous pouvez consulter les ressources de Québec Oiseaux.
- Nettoyer les cendres de manière adéquate et régulière.
- Faire appel à des professionnels pour les opérations plus complexes et pour assurer des réparations conformes aux normes.
Ces gestes permettent de préserver à la fois l’esthétique et la sécurité des foyers et cheminées d’époque. Pour en savoir plus, je vous invite à consulter ce guide d’entretien réalisé par la Ville de Québec
Je vous souhaite un excellent temps des fêtes et au plaisir de vous retrouver en 2026!
Image bannière: Prang’s First Prize Card by C.D. Weldon, Vision de Noel, 1885, 18×20,5 cm, Musée McCord-Stewart.
[1] Hélène Côté, Architecture vernaculaire en Nouvelle-France, Musée canadien de l’histoire, https://www.museedelhistoire.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france/vie-quotidienne/architecture-vernaculaire-en-nouvelle-france/
[2] Robert-Lionel Séguin, Le poêle en Nouvelle-France, Les cahiers des dix, numéro 33, 1968, p. 157-170. https://www.erudit.org/fr/revues/cdd/1968-n33-cdd06219/1079666ar.pdf
[3] Robert-Lionel Séguin, Le poêle en Nouvelle-France, Les cahiers des dix, numéro 33, 1968, p. 157-170. https://www.erudit.org/fr/revues/cdd/1968-n33-cdd06219/1079666ar.pdf
[4] Michel Gaumond, Les forges du Saint-Maurice, Vie des arts, numéro 50, printemps 1968, p. 46-51. https://www.erudit.org/fr/revues/va/1968-n50-va1202905/58252ac.pdf
[5] La fonderie L’Islet, une industrie prospère, Le Placoteux, https://leplacoteux.com/la-fonderie-lislet-une-industrie-prospere/. et Jacques Saint-Pierre, La fabrication de poêle sur la Côte-du-Sud, Encyclobec, https://encyclobec.ca/region_projet.php?projetid=163.
[6] François Varin, Le manteau de cheminée Varin, Continuité, numéro 75, hiver 1998, p.50-52, https://www.erudit.org/fr/revues/continuite/1998-n75-continuite1054757/17054ac/.
[7] François Varin, Le manteau de cheminée Varin, Continuité, numéro 75, hiver 1998, p.50-52, https://www.erudit.org/fr/revues/continuite/1998-n75-continuite1054757/17054ac/.
[8] Guide technique12. Les foyers et les cheminées, Ville de Québec, 22p. https://www.ville.quebec.qc.ca/citoyens/propriete/docs/patrimoine/guide_tech12.pdf
[10] Anne Prah-Perochon, L’invention du Père Noel: De Thomas Nast à Coca-Cola, France-Amérique, hiver 2015, https://france-amerique.com/fr/invention-du-pere-noel-de-thomas-nast-a-coca-cola/ et James Robertson Jr., The Man Who Made Santa Claus, Radio IQ, 21 janvier 2020, https://www.wvtf.org/civil-war-series/2020-01-21/the-man-who-made-santa-claus.