Une porte ouverte sur nos traditions du Nouvel An
Par Laurence Fleury – conseillère en patrimoine bâti
L’arrivée de la nouvelle année est toujours une occasion de célébrer. Partout sur la planète, peu importe nos croyances ou nos traditions, la nouvelle année finit inévitablement par cogner à nos portes !
Les célébrations du jour de l’An s’accompagnent d’un riche éventail de traditions et de superstitions. Que ce soit pour attirer la prospérité, préserver la santé ou favoriser la réussite scolaire et professionnelle, toutes les actions semblent bonnes pour mettre les chances de notre côté.
Même pour ceux qui ne se considèrent pas comme particulièrement superstitieux, les traditions du Nouvel An demeurent profondément ancrées dans nos célébrations: le décompte de minuit, la bouteille de champagne qui se débouche, les feux d’artifice qui illuminent le ciel et les appels du 1er janvier pour souhaiter la bonne année à ceux qui nous sont chers.
Pour cette première chronique de l’année, je vous propose de franchir la porte de 2025 afin d’entrer en 2026 en découvrant les traditions du jour de l’An qui font vibrer nos maisons. D’ailleurs, vous remarquerez que la porte occupe bien souvent une place centrale au cœur de ces célébrations. À la fois symbole du passage vers la nouvelle année et seuil d’accueil pour les visiteurs du temps des fêtes, elle incarne bien souvent ce moment de transition entre ce qui se termine et ce qui commence.
Les traditions du Nouvel An : faire sortir le vieux et entrer le neuf!
Le passage à la nouvelle année est un moment qui mérite d’être célébré ! Il s’agit à la fois d’une période de réflexion, où l’on fait le bilan de l’année écoulée, et d’une occasion idéale pour se fixer de nouveaux objectifs pour celle à venir. Une chose est certaine : que l’on ait tenu ses résolutions ou non, chacun souhaite avant tout le meilleur pour l’année qui commence.
Afin de favoriser une nouvelle année prospère, de nombreuses traditions se sont développées au fil du temps. C’est notamment le cas des traditions écossaises et irlandaises, qui ont traversé l’Atlantique et pris racine en Amérique du Nord au XIXᵉ siècle.
Les célébrations de la veille du jour de l’An, appelées Hogmanay en Écosse et Oíche Chinn Bliana en Irlande, sont riches en coutumes festives. L’une des traditions communes aux deux nations est celle du First Footing, que l’on peut traduire librement par « le premier pas » ou « le premier visiteur »[1].

Selon la croyance populaire, la première personne à franchir le seuil d’une maison après minuit apporte bonheur et chance à toute la maisonnée pour l’année à venir. Idéalement, cette personne doit être un homme aux cheveux foncés et offrir des cadeaux symboliques, tels que du pain, du whisky, du sel ou du charbon.
Une autre coutume irlandaise consiste à laisser la porte arrière de la maison ouverte afin de laisser la vieille année quitter la demeure. On ouvre ensuite la porte d’entrée pour accueillir la nouvelle année. Certaines familles déposent même du pain à l’entrée pour attirer la prospérité, tandis que d’autres cognent des chaudrons afin d’éloigner les mauvais esprits [2].
À la suite des célébrations de la Saint-Sylvestre, le 1er janvier est traditionnellement consacré aux visites du jour de l’An. Après les festivités du réveillon, il était courant de faire du porte-à-porte pour souhaiter la bonne année aux voisins et aux membres de la famille. À chaque visite, on pouvait se faire offrir une boisson chaude pour se réchauffer, une boisson alcoolisée pour prolonger les festivités et quelque chose à manger.
Cette tradition est illustrée par Edmond-Joseph Massicotte dans le second volume du recueil « Nos Canadiens d’autrefois ». Cet ouvrage illustré présente diverses traditions québécoises, tant laïques que spirituelles, telles que la messe de minuit, le temps des sucres, le gâteau des Rois et même l’épluchette de blé d’Inde estivale.

Sur cette estampe datant de 1929, nous pouvons apercevoir une famille accueillant dans sa maison trois visiteurs vêtus de leurs habits d’hiver. La table est dressée avec des bouteilles, des verres et de la nourriture, prête à accueillir la visite. Les festivités et les visites du jour de l’an pouvaient s’étendre jusqu’à la fête des Rois le 6 janvier [3] .
La porte : élément décoratif et fonctionnel de nos maisons
À travers ces coutumes, les portes occupent bien souvent une place centrale. En architecture, elles sont, d’une part, des éléments décoratifs, témoignant de l’époque ou de l’emplacement d’une maison, et d’une autre, des éléments fonctionnels essentiels permettant de réguler la température du bâtiment.
Les portes du régime français sont généralement fabriquées à partir d’un assemblage de bois à tenons et mortaises. À cette époque, elles se caractérisent par une grande sobriété et une ornementation limitée. Sous le régime britannique, les portes deviennent progressivement plus décorées. On retrouve fréquemment des portes flanquées de fenêtres latérales en verre coloré ou givré. Elles peuvent également être agrémentées d’appliqués en plâtre ou en bois, et encadrées de pilastres ou de colonnes. L’industrialisation marque ensuite un retour à des courants architecturaux plus épurés, qui contribuent à simplifier leur apparence.


La conservation des portes anciennes est essentielle afin de préserver l’authenticité et la richesse du patrimoine bâti. Il est donc important de les entretenir adéquatement et de procéder aux réparations nécessaires lorsque leur état l’exige.
Comme pour toute intervention de restauration, il est nécessaire de procéder à un examen complet de l’état de la porte et d’effectuer des recherches approfondies avant d’entreprendre les travaux. Il est également recommandé de faire appel à des experts du domaine pour toute intervention plus complexe.
Si vous souhaitez en apprendre davantage sur l’entretien des différentes composantes des portes (fenêtres en verre, bois et serrures de métal), voici quelques ressources qui pourraient vous être utiles :
- Guide de restauration des fenêtres en bois (MRC de l’Islet)
- Guide d’entretien des portes de la ville de Québec
- Bottin des ressources de Maisons anciennes du Québec
Une porte ouverte sur la nouvelle année!
Maintenant que nous avons fermé la porte de 2025, nous pouvons désormais accueillir 2026 à bras ouverts! La FHQ vous réserve une nouvelle année bien remplie. Les amateurs de patrimoine bâti seront ravis, puisqu’une série de formations sur le sujet se tiendra au mois de mars. Les lundis 2, 9, 16 et 23 mars, rendez-vous à 18 h pour assister à une série de conférences portant sur divers aspects du patrimoine bâti québécois. Pour en savoir plus sur les Soirées du patrimoine bâti, nous vous invitons à consulter la page web de l’événement ici.

Image bannière: Visiteur du Nouvel An 1875, gravure sur bois,
12,0 x 16,4 cm, Musée McCord-Stewart.
[1] John Mackley. Christmas Banned!, The Township Sun, vol. 48, num.5, Janvier 2021, p. 17-18. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/4543915?docref=vYqnxm-6xssmmjtLfHaM0w.
[2] Jennifer Darig (2024), Irish New Year’s Traditions and Superstitions: Ringing in the New Year with Irish Charm, https://www.theirishjewelrycompany.com/blog/post/irish-new-years-traditions-and-superstitions .
[3] Jean Provencher (2015). Le jour de l’An à Montréal en 1880, https://jeanprovencher.com/2015/01/01/le-jour-de-lan-a-montreal-en-1880/ .