Par Laurence Fleury – Conseillère en patrimoine bâti
Préserver le patrimoine, renforcer la collectivité
Lors de l’assemblée générale annuelle du printemps, les membres de la Fédération Histoire Québec ont exprimé le souhait de voir davantage d’efforts de concertation entre la Fédération et les autres organismes de défenses en patrimoine.
En réponse à cet appel, la FHQ, les Amis et propriétaires de maisons anciennes du Québec (APMAQ), le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), Héritage Montréal et Action patrimoine se sont réunis au cours de l’été afin de discuter des enjeux communs auxquels chacun est actuellement confronté. Ces rencontres ont permis de dégager des priorités d’action concrètes pour mieux soutenir notre patrimoine collectif.
À la suite de ces échanges, une lettre ouverte, cosignée par les organismes, a été adressée à l’ensemble des députés de l’Assemblée nationale et publiée dans la section Libre opinion du journal Le Devoir. Cette lettre réclame notamment la participation active des organismes patrimoniaux aux consultations prébudgétaires, ainsi que l’élaboration d’une véritable politique nationale et gouvernementale du patrimoine.
La FHQ est fière de poursuivre son engagement envers la défense du patrimoine au nom de ses membres et de porter haut et fort la voix des groupes citoyens engagés.
Le patrimoine comme enjeu central des élections municipales 2025
Cet automne, le Québec fera entendre sa voix lors des prochaines élections municipales. Partout dans la province, la campagne bat déjà son plein : les candidates et candidats présentent leurs plateformes électorales et leurs engagements dans les médias, lors de débats ou au travers des rencontres citoyennes.
Voter aux élections municipales est tout aussi crucial qu’aux scrutins provinciaux ou fédéraux. Pourtant, en 2021, seulement 38,7 % des électeurs se sont rendus aux urnes. Ce faible taux de participation est préoccupant, d’autant plus que les décisions prises par nos conseils municipaux influencent directement notre quotidien. Aller voter le 2 novembre prochain, c’est poser un geste concret pour influencer positivement nos milieux de vie.
Dans la foulée des débats, des promesses électorales et des articles de presse, il est essentiel de rappeler que le patrimoine peut et doit devenir un enjeu électoral fort. Rappelons que les municipalités et les MRC du Québec jouent aussi un rôle clé dans la protection de notre patrimoine, qu’il soit immobilier, paysager, immatériel ou même naturel. Ce rôle prendra d’autant plus d’importance au cours des prochains mois, puisqu’en avril prochain, toutes les MRC devront adopter leur inventaire des immeubles patrimoniaux. Cette échéance sera un moment décisif pour la gestion de nos biens culturels.
Pour cette chronique d’octobre, je vous propose donc un aperçu des promesses électorales liées au patrimoine d’un peu partout au Québec ainsi que des pistes d’action pour faire entendre vos priorités et vos préoccupations auprès des candidat·e·s de votre région.
Le patrimoine au cœur des promesses électorales 2025
Au dernier scrutin municipal, les enjeux de protection du patrimoine avaient un visage bien différent. En effet, en novembre 2021, les modifications majeures de la Loi sur le patrimoine culturel venaient tout juste d’entrer en vigueur.
Cela étant dit, le patrimoine a tout de même pris une place centrale dans les débats, comme c’était le cas à Saint-Michel-de-Bellechasse. Dans cette municipalité, c’est le dossier de la restauration de son ancien presbytère qui préoccupait les citoyens. Heureusement, cet été, le maire a annoncé le début des travaux de restauration du bâtiment. Une deuxième phase de rénovation devrait permettre d’y accueillir la bibliothèque et des locaux multifonctionnels, requalifiant ainsi ce lieu patrimonial.
Pour le cycle électoral actuel, c’est la ville de Lévis qui a particulièrement retenu l’attention. Le parti Repensons Lévis, dirigé par Serge Bonin, a annoncé le 26 septembre vouloir procéder à une réforme complète de la gestion des biens patrimoniaux sur le territoire lévisien.
La ville de Lévis a souvent été pointée du doigt pour ses multiples démolitions de bâtiments patrimoniaux. Au courant des dernières années, plusieurs bâtiments emblématiques de cette ville ont disparu du paysage, et ce, malgré les règlements et les politiques en vigueur pour encourager l’entretien et éviter l’abandon des biens immobiliers à caractère patrimonial. Plusieurs organismes, dont la FHQ, le GIRAM, l’APMAQ, Action patrimoine ainsi que plusieurs citoyens, ont sonné l’alarme à de multiples reprises au conseil municipal de la ville.
Dans cette optique, Repensons Lévis propose une révision du comité de démolition pour en faire un comité de sauvegarde du patrimoine. Le parti propose également de créer une réserve financière pour soutenir les propriétaires de bâtiments à caractère patrimonial qui souhaitent entreprendre des travaux de rénovation et d’entretien.
De l’autre côté du fleuve, c’est l’habitabilité du Vieux-Québec qui a fait les manchettes au cours des dernières semaines. Il est désormais bien reconnu que la pérennité de notre patrimoine bâti passe par son occupation. Pour qu’un quartier historique vive, il doit être habité, utilisé et animé.
L’arrondissement historique du Vieux-Québec célèbre cette année le 40e anniversaire de son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pourtant, depuis une dizaine d’années, il connaît un déclin de sa population résidente. Un sondage récent mené par un comité citoyen du Vieux-Québec révèle que 50 % des habitant·e·s estiment que leur qualité de vie s’est détériorée au cours des quatre dernières années. Cette détérioration est attribuée à une baisse de l’offre de services et de commerces de proximité, à des difficultés de déplacement ainsi qu’à une gestion déficiente du bruit.
En 2023, la Ville de Québec a adopté un plan visant à améliorer les conditions de vie dans le quartier historique. Toutefois, selon les résident·e·s, il reste beaucoup de travail à faire.
Le maire actuel, Bruno Marchand, a mis en place plusieurs mesures pour répondre aux enjeux du quartier, dont la construction d’une nouvelle épicerie ainsi que des logements afin d’améliorer l’offre de services. Il s’est également engagé à trouver des solutions pour réduire les bruits liés à la circulation des autocars touristiques dans l’arrondissement.
D’autres candidat·e·s souhaitent aussi poursuivre le travail. C’est le cas de Micha Horswill, du parti Transition Québec, qui propose de revitaliser le Vieux-Québec en réinstaurant un marché public et en aménageant davantage de parcs urbains.
Dans la grande région de Montréal, la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, souhaite voir un assouplissement des normes encadrant la reconversion des bâtiments patrimoniaux, dans le but de réduire les coûts associés à leur transformation. Elle s’est déjà exprimée à plusieurs reprises sur le poids financier des travaux publics, mais, cette fois-ci, c’est une facture de plus de 50 millions de dollars pour mettre aux normes un bâtiment patrimonial en excellent état qui fait réagir.
La Ville de Longueuil a récemment acquis le couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, construit en 1744 et rénové en 1984. Toujours occupé et entretenu par la communauté religieuse, l’édifice est conforme aux normes de l’époque de sa dernière rénovation et se trouve dans un état impeccable. Malgré cela, la conversion du bâtiment en espaces de bureaux destinés à des organismes communautaires est évaluée à un montant jugé exorbitant.
Afin d’éviter que de tels bâtiments, pourtant structurés et fonctionnels, ne soient laissés à l’abandon faute de projets viables, la mairesse souhaite une réforme des normes imposées par la Régie du bâtiment du Québec. Son objectif est de rendre la reconversion patrimoniale plus accessible, tant sur le plan administratif que financier.
Ces engagements démontrent clairement que le patrimoine peut être au cœur des priorités politiques de nos élu·e·s, car la protection de nos biens patrimoniaux est indissociable de la qualité de vie de celles et ceux qui y habitent et les occupent.
Une plateforme électorale à portée de main
Comme pour chaque cycle électoral, la FHQ juge essentiel de mettre à la disposition de ses membres une plateforme électorale. Celle-ci vise à outiller et inspirer vos échanges avec les candidat·e·s de votre localité.
Cette année, la plateforme électorale municipale s’articule autour de 3 axes d’engagements :
- Reconnaître… Donner une place claire aux organismes d’histoire;
- Impliquer… Inclure les citoyens dans les décisions touchant la mémoire et le territoire;
- Soutenir… Offrir des ressources à la hauteur de l’engagement citoyen.
En consultant le dossier complet, vous trouverez une liste détaillée des engagements que peuvent prendre vos élu·e·s ainsi que des exemples concrets de municipalités qui ont déjà mis en œuvre certaines de ces mesures. Vous pouvez donc vous appuyer sur ces initiatives pour alimenter vos discussions avec les candidat·e·s et faire entendre vos préoccupations en matière de patrimoine.
Le rôle des sociétés d’histoire et de patrimoine dans les élections municipales 2025
En tant qu’organisme engagé dans la mise en valeur et la protection de l’histoire et du patrimoine local, quelles stratégies pouvez-vous adopter pour faire entendre votre voix auprès des candidat·e·s de votre région?
Voici quelques pistes pour nourrir votre réflexion et orienter vos actions durant la période électorale :
- Consultez la plateforme électorale de la FHQ afin d’alimenter vos réflexions et d’identifier les priorités à défendre.
- Sondez vos membres et la population locale pour connaître leurs préoccupations en matière de patrimoine et orienter vos revendications en conséquence.
- Élaborez votre propre plateforme, en mettant de l’avant trois ou quatre enjeux prioritaires pour votre organisme et votre milieu.
- Rencontrez les candidat·e·s de votre municipalité. Proposez-leur une visite de vos installations, invitez-les à vos événements, ou planifiez une rencontre pour discuter de vos enjeux.
- Participez à des débats publics pour créer des occasions de dialogue autour du patrimoine.
Formation FHQ – Patrimoine bâti au Québec: reflet de notre culture
Il est encore temps de vous inscrire à la formation d’octobre qui sera consacrée au patrimoine bâti du Québec!
Offerte par François Varin, architecte et expert-conseil, cette conférence vous donnera des bases solides pour parler du patrimoine bâti avec justesse et mieux agir en faveur de sa reconnaissance.

Image bannière: Élections à Montréal, 1947, Archives nationales à Montréal, Fonds La Presse, (06M,P833,S3,D367)