Par Laurence Fleury – Conseillère en patrimoine bâti
La FHQ et ses membres dans l’actualité patrimoniale
Le mois de septembre est enfin à nos portes. Les températures plus fraîches se font déjà sentir, et la rentrée scolaire bat son plein. Mais ce ne sont pas seulement les bancs d’école qui se remplissent. C’est aussi le début de la rentrée pour nos élu.e.s, ce qui signifie une reprise soutenue des dossiers liés au patrimoine bâti.
Déjà, le mois d’août nous a réservé son lot de surprises. Je vous propose donc un survol de l’actualité patrimoniale du dernier mois, mettant en lumière les actions menées par la FHQ ainsi que celles de nos membres.
L’ancien couvent de Labelle bientôt sauvé?
Au début du mois d’août, l’ancien couvent de Labelle, dans les Laurentides, a de nouveau fait les manchettes. Plus tôt cet été, un article du journal Le Devoir avait mis en lumière une demande de démolition visant ce bâtiment patrimonial construit en 1905. Plusieurs organismes locaux, dont la SOPABIC, ainsi que de nombreux citoyen.ne.s, s’étaient vivement opposés à cette démolition.

Si la demande était approuvée, un promoteur immobilier prévoyait remplacer le couvent par de nouveaux logements, tout en maintenant la présence du CLSC déjà établi sur le site. De leur côté, les membres du Comité de sauvegarde du couvent de Labelle réclamaient plutôt la restauration et la revalorisation du bâtiment.
Déterminé à sauver ce témoin important de l’histoire locale, le regroupement se préparait à porter l’affaire devant la Cour supérieure, avec l’appui juridique de l’organisme Justice pro bono (lire l’article).
Heureusement, le 11 août, les médias locaux ont annoncé que le promoteur s’était retiré du projet, retirant ainsi officiellement la demande de démolition. Cette nouvelle a été chaleureusement saluée sur les réseaux sociaux par le comité de sauvegarde, qui peut désormais concentrer ses efforts pour assurer la protection et la mise en valeur du bâtiment pour les générations futures.
Il s’agit d’une grande victoire pour la mobilisation citoyenne. Elle témoigne de la forte volonté qui existe au sein de nos communautés pour préserver notre patrimoine bâti et le faire rayonner.
La démolition du Moulin Gosselin de Lévis confirmée
Après plusieurs mois de démarches, le conseil municipal et le comité de démolition de la Ville de Lévis ont finalement autorisé la démolition du Moulin Gosselin. Une décision peu surprenante, considérant l’état de dégradation avancé de ce bâtiment emblématique, autrefois le repère artistique du peintre Albert Rousseau (1908-1982).

Le dossier du Moulin Gosselin avait suscité une attention médiatique importante au printemps 2024 en raison de sa vétusté, mais les premiers signalements concernant son état remontent à 2014. Une demande de démolition avait été officiellement déposée et étudiée par le comité de démolition à l’automne 2024.
Plusieurs organismes, dont le GIRAM, ainsi que de nombreux citoyen.ne.s, s’étaient opposés à la démolition, allant même jusqu’à proposer des projets de revalorisation du site. Malgré ces efforts, la demande a été accordée, une révision a été demandée, puis rejetée et le verdict final en faveur de la démolition est tombé le 25 août dernier.
Aucun projet de construction n’est prévu à court terme. Selon le président du comité de démolition, le terrain sera gazonné, et une documentation de ce qui subsiste du bâtiment sera réalisée et déposée aux archives municipales.
Il s’agit d’une quatrième perte patrimoniale majeure pour la Ville de Lévis, après les démolitions de l’Hôtel Victoria, des Scies Mercier et du 32, avenue Bégin.
Une pétition pour sauver une maison ancestrale
À Saint-Lin–Laurentides, le sort d’une maison ancestrale inquiète sérieusement les acteurs locaux du patrimoine. Située au 555, côte Jeanne, la maison Huboux-Deslonchamps est une superbe résidence en pierre datant du XIXe siècle, témoin important de l’histoire de la région.

Sa démolition serait actuellement envisagée pour permettre la construction d’une voie de contournement dans ce secteur. Déjà en 2024, Clément Locat, président du Comité du patrimoine de la FHQ, avait pris position en faveur de sa sauvegarde dans une lettre officielle.
Sur les réseaux sociaux, M. Locat s’est exprimé : « Il est important de préserver le souvenir des constructeurs et des premiers occupants de la maison, la famille Huboux dit Délongchamps, une famille fondatrice de Saint-Lin, près de son lieu d’implantation. »
Le dossier a refait surface récemment lorsque la Société d’histoire et de patrimoine de Saint-Lin–Laurentides a lancé une pétition en ligne afin de mobiliser la population contre la démolition potentielle.
Pour appuyer la protection de cette maison patrimoniale, vous pouvez consulter et signer la pétition ici.
L’église de Fassett évite la démolition!
Après plusieurs mois d’incertitude quant à l’avenir de l’église de Fassett, le conseil des maires de la MRC de Papineau a utilisé son pouvoir de désaveu pour refuser la démolition. La MRC a aussi recommandé à la municipalité d’étudier la faisabilité d’un projet de requalification pour ce bâtiment patrimonial.

En janvier dernier, le conseil municipal de Fassett avait pourtant voté en faveur de la démolition, malgré le fait que l’église ait été citée en 2014, lui donnant un statut de protection patrimoniale. Dans un article publié par Jean-François Nadeau dans Le Devoir, on apprenait que très peu de travaux d’entretien avaient été réalisés depuis sa citation, laissant le bâtiment dans un état de quasi-abandon. En 2022, l’église avait même perdu son clocher, symbole visible de sa détérioration avancée.
La Fédération Histoire Québec ainsi que la Société d’histoire de l’Outaouais avaient déjà dénoncé cet état, s’inquiétant du sort réservé aux lieux protégés par la Loi sur le patrimoine culturel.
Malgré cette décision favorable à la sauvegarde du bâtiment, la municipalité de Fassett semble peu disposée à envisager sérieusement un projet de requalification, invoquant les coûts importants que cela impliquerait. Ce manque de volonté politique a également été dénoncé par Jacques Benmussa, directeur du patrimoine du comité culturel de Papineauville.
Le mois d’août a donc été marqué à la fois par des pertes significatives, mais aussi par des victoires importantes pour le patrimoine bâti. La mobilisation citoyenne observée sur le terrain s’est révélée remarquable, témoignant d’un engagement sincère et d’une volonté collective de préserver notre histoire.
Pour poursuivre cet élan de mobilisation et affirmer le rôle de votre organisme, vous pouvez consulter la plateforme électorale de la FHQ en prévision des élections municipales de novembre prochain. Cette plateforme vous propose trois axes d’engagement pour encourager les candidates et candidats à reconnaître, impliquer et soutenir les sociétés d’histoire et autres organismes en histoire, généalogie et patrimoine partout au Québec.
L’arrivée de l’automne signifie aussi le retour des formations de la FHQ! Il est encore temps de vous inscrire à la conférence de François Varin qui aura lieu le 23 octobre prochain, intitulée Patrimoine bâti au Québec – reflet de notre culture.